Publié le 4 novembre 2025 • EnergyProMag
Chute du spot électrique, l’Allemagne rassure l’industrie et le carbone franchit les 80€ : une journée de signaux forts
Un début de semaine marqué par une forte baisse des prix spot de l’électricité en France, qui ont chuté de plus de 50% en 24 heures, contrastant avec la fermeté des marchés à terme. Le marché du carbone (EUA) réagit positivement à l’annonce allemande d’un soutien à son industrie pour 2026, tandis que la fin confirmée de “l’amortisseur électricité” en France oblige les courtiers à une action immédiate pour guider leurs clients PME et ETI vers une gestion active de leur risque énergétique.
1. Marché & Tarifs : Le spot plonge, les futures restent prudents
La journée du 4 novembre est caractérisée par une décorrélation notable entre un marché spot très baissier et des contrats futurs qui maintiennent des primes de risque élevées, reflétant les incertitudes persistantes pour l’hiver et les années à venir.
Gaz (TTF) : Le contrat de référence européen (Dutch TTF) pour le mois à venir s’échangeait hier à 31,85 €/MWh. Bien que les stockages européens soient à un niveau confortable (83%), le marché reste sensible aux prévisions de températures et aux flux de GNL. La tendance est à une stabilisation à des niveaux historiquement bas depuis 18 mois, mais la vigilance reste de mise à l’approche de l’hiver.
Électricité (France) : La surprise du jour vient du marché spot (Epex Spot), où le prix moyen s’est effondré à 21,00 €/MWh pour la journée du 4 novembre, contre 46,00 €/MWh la veille. Cette chute spectaculaire est principalement due à une production d’énergies renouvelables abondante et une consommation modérée. On a même observé des prix négatifs à -0,01 €/MWh. Cependant, cette situation ne doit pas masquer la tension sur les produits à terme. Le contrat pour le premier trimestre 2026 (Q1-26) reste à des niveaux élevés, anticipant les tensions hivernales.

Graphique 1 : La baisse drastique du prix spot moyen de l’électricité entre le 3 et le 4 novembre 2025 illustre la volatilité du marché journalier.
CO2 (EUA) : Le marché du carbone a franchi la barre symbolique des 80 €/tonne. Cette hausse est en partie portée par l’annonce de l’Allemagne de mettre en place un prix subventionné de l’électricité pour son industrie, ce qui pourrait maintenir une demande de quotas de CO2 plus forte que prévu.
Tableau de bord des marchés – 4 novembre 2025
| Indicateur | Valeur (au 03/11) | Tendance (vs veille) | Commentaire |
| Électricité Spot FR | 21,00 €/MWh | ▼ Baisse forte | Production renouvelable élevée |
| Gaz TTF (Dec-25) | 31,85 €/MWh | ▲ Hausse modérée | Stabilisation à bas niveau |
| Électricité CAL-26 Base | 55,30 €/MWh | Stable | Prime de risque pour l’avenir |
| Carbone EUA (Dec-25) | ~80 €/tonne | ▲ Hausse | Soutien du plan allemand |

Graphique 2 : Comparaison des prix du gaz, de l’électricité spot et des contrats futures pour 2026, montrant la divergence des signaux de marché.
2. Réglementation & Institutions : L’Allemagne soutient son industrie, la France prépare la sortie des aides
Deux annonces majeures de politique énergétique redessinent le paysage pour les consommateurs industriels et les PME en Europe.
Allemagne : un “prix industriel” pour 2026 La ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche, a confirmé que l’Allemagne mettra en place un prix de l’électricité subventionné pour ses industries les plus énergivores à partir du 1er janvier 2026. Ce plan, en cours de finalisation avec la Commission Européenne, vise à protéger la compétitivité de secteurs comme la chimie ou la sidérurgie face à des prix de gros qui restent élevés. Doté d’un budget estimé entre 4 et 5 milliards d’euros, il concernera environ 2 200 entreprises.
France : la fin de “l’amortisseur électricité” Le gouvernement français a confirmé que le dispositif de “l’amortisseur électricité”, qui protégeait les PME et ETI, ne sera pas reconduit en 2026. Cette décision marque la fin d’une ère d’aides exceptionnelles et un retour au marché pour des milliers d’entreprises. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) travaille sur des mécanismes de transition, mais le message est clair : la gestion du risque redevient une priorité absolue.

Infographie 1 : L’arrêt du dispositif de l’amortisseur en 2026 constitue une menace mais aussi une opportunité majeure pour les courtiers en énergie.
3. Opportunités & Tendances : Le courtier, un gestionnaire de risque avant tout
Le contexte actuel, marqué par la fin des aides et la persistance de prix à terme élevés, replace le courtier au centre du jeu, non plus comme un simple comparateur, mais comme un partenaire stratégique.
L’audit post-amortisseur : une urgence commerciale La fin de l’amortisseur est l’opportunité commerciale numéro une. Les courtiers doivent immédiatement :
1.Lancer des campagnes d’audit auprès de leurs clients PME et ETI.
2.Éduquer leurs clients sur leur nouvelle exposition aux prix de marché (CAL-26 à plus de 55 €/MWh).
3.Transformer la conversation : passer d’une discussion sur le “meilleur prix” à une discussion sur la “meilleure stratégie de risque”.
La digitalisation au service de la stratégie Les outils de simulation et de modélisation deviennent indispensables pour démontrer la valeur ajoutée du courtage. Il s’agit de montrer concrètement à un client l’impact d’une stratégie d’achats échelonnés, de l’intégration d’un contrat PPA (Power Purchase Agreement) ou de la valorisation de sa flexibilité de consommation.

Diagramme 1 : Le rôle du courtier évolue vers un accompagnement stratégique pour aider les clients à naviguer dans la complexité du marché post-aide.
4. L’Analyse Experte : Du risque de volatilité au risque d’inertie
Nous sortons de la crise de 2022-2023 pour entrer dans un “nouveau normal” où les prix de l’électricité resteront structurellement plus élevés qu’avant-crise. Le contrat CAL-26 Base à 55,30 €/MWh en est la preuve.
Le plus grand danger pour les entreprises n’est plus tant la volatilité extrême que l’inertie. Habituées aux boucliers et aux aides, de nombreuses PME pourraient tarder à prendre les mesures qui s’imposent. Le risque est de subir de plein fouet le retour au marché en 2026 sans préparation.
Le rôle du courtier est de provoquer cet “électrochoc” nécessaire. Le discours doit être axé sur la proactivité et la construction d’une stratégie de gestion de portefeuille énergétique sur le long terme. Le courtier qui saura apporter cette vision stratégique, en s’appuyant sur des analyses de risque chiffrées et des solutions concrètes (flexibilité, PPA, etc.), non seulement fidélisera son portefeuille, mais le développera. La fin des aides est une validation du métier de courtier en tant que gestionnaire de risque pour compte de tiers.

Image : Les marchés de l’énergie restent complexes et nécessitent une expertise pointue pour anticiper les risques et saisir les opportunités.
Références
1.Selectra – Prix de l’électricité du 4 novembre 2025
2.Trading Economics – EU Natural Gas TTF
3.Clean Energy Wire – Germany set to introduce “industrial electricity price”